​Il était une fois… Xinhua Lu

rédigé par David Maurizot
Xinhua Lu évoque aujourd’hui une rue pittoresque, un oasis bordé de platanes, de bars, de grands restaurants, de villas plus exubérantes et plus étonnantes les unes que les autres.
Un de ces quartiers qui nous font apprécier Shanghai : cette impression (furtive !) de ne plus être dans une mégalopole surpeuplée.
Et si cela n’était-il pas le fait du hasard ?

Un rêve de campagne

Au début des années 30, avec plus d’un million d’habitants et ses « gratte-ciels », Shanghai est déjà l’une des plus grandes villes du monde.
La métropole est une véritable fourmilière : Trop de monde, trop de béton, pas assez de nature !
Certains n’aspirent qu’à une chose : vivre loin de ce miasme urbain. Ils veulent de la qualité de vie: une grande villa avec un vaste jardin. Rien que ça !
Cela tombe bien, les automobiles débarquent et permettent, pour ceux qui le peuvent, de faire le transit entre des bureaux, souvent situés du côté du Bund, et la « campagne » plus à l’Ouest.

Columbia Circle

Xinhua Lu est le lieu de ce rêve de vie champêtre: situé à l’extrémité Ouest des enclaves étrangères, le quartier est alors en pleine campagne.
Flairant un bon coup, un groupe immobilier américain s’empare de vastes terrains, délimités à l’Est par Columbia Road (aujourd’hui Panyu Lu) et s’étalant de part et d’autre de la toute nouvelle Amherst Road (notre Xinhua Lu d’aujourd’hui).
Il étiquette son quartier «Columbia Circle», le divise en multiple lots, et les vend ensuite à de riches acquéreurs qui y construisent leurs pavillons de campagne, avec, grande nouveauté à l’époque, leurs propres garages.
Les styles sont choisis à la carte: villa espagnole, casa italienne, cottage anglais, etc. Chacun peut y trouver son goût.

Rattrapé par la ville

Après 1949, ces vastes demeures deviendront de véritables petits appartements surpeuplés. L’Etat communiste les saucissonnera en y logeant pour chacune d’entre elles une dizaine (si ce n’est plus !) de familles: une par chambre !
Puis, dans la seconde moitié du XXème siècle, la ville rattrapera la campagne: Columbia Circle sera peu à peu engloutie et assiégée de toutes parts par les imposantes barres de béton qui peuplent aujourd’hui Shanghai.
Avec le temps, le rêve de campagne s’évaporera …

Empire of the Sun

Sorti en 1987, Empire of the Sun (avec un Christian Bale d’à peine 14 ans comme acteur principal) est un petit bijou de Steven Spielberg : il y peint la vie d’un adolescent perdu à Shanghai en pleine Seconde Guerre Mondiale.
Si, au tout début du film, les scènes se déroulant du côté de Xinhua Lu ont en réalité été tournées en Angleterre, l’ambiance d’avant-guerre est parfaitement recréée. On revit le faste que ces riches familles étrangères pouvaient alors y avoir.
Pour ces « expats » à la recherche de leur confort occidental, Columbia Circle était alors un peu hors de Shanghai. Un oasis. Un ilot… Une «bulle»…
Rédigé par : David Maurizot
Président du Comité de Shanghai 

de la Société d’Histoire des Français de Chine

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